Brèves de trottoir

I still believe in miracles. "-Est-ce qu'il vous est arrivé personnellement beaucoup d'événements merveilleux ? -Mais oui, je suis comme tout le monde, ça n'arrête pas" (Les incertitudes du langage)

22 septembre 2008

Le tribunal populaire

Il y a trois points névralgiques dans un bus parisien.

 

Le premier, et non des moindres, se situe plus ou moins entre le chauffeur (la chauffeuse) et les quatre places prioritaires, indiquées par de laids autocollants oranges. C’est le lieu des politesses (hypocrites, bien souvent), des « Mais bien entendu mâdâme ». On y apprend avec étonnement, et grâce à un autre laid petit autocollant (mais moins à la vue du public) l’ordre des priorités pour ces places convoitées. Ainsi, mieux vaut être mutilé de guerre (ou mutilé militaire, c’est kif kif) qu’aveugle civil. Quand aux plus de 75 ans, ils/elles peuvent aller se brosser devant les femmes enceintes, en écopant de la dernière et neuvième place du classement des réfugiés de la place assise.

Quelques conflits, parfois, et surtout quand il y a des strapontins. En cas d’affluence, un infirme doit-il s’asseoir et risquer la vindicte populaire ou rester debout ? Grande question, jamais résolue (et a priori ce n’est pas gagné).

 

Deuxième point névralgique, et là encore nous sommes dans une question de priorité, la porte centrale, l’unique porte centrale (je me souviens des bus de quand j’étais gamine, il y avait trois portes, pas de rotonde, et surtout un déchiqueteur de tickets qui ne le bouffait pas pour le marquer à l’encre mais qui le poinçonnait réellement dans un bruit sourd et fort). Les fauteuils roulants sont paraît-il prioritaires sur les poussettes. Mais les caddies ? Et les valises à roulettes ? S’ensuit donc toujours une plainte montant des tréfonds du bus (et essentiellement de ceux qui sont debout), « Encoooore », à la énième poussette montant par la porte arrière, coinçant le malheureux fauteuil roulant contre sa place réservée.

Point névralgique également parce qu’il existe une heure dans la journée (impossible de la déterminer, c’est selon) où les poussettes se donnent rendez-vous. Mais attention, pas n’importe quelles poussettes. Les super grandes poussettes de la mort, celles qui semblent faites pour des triplés avec animal de compagnie, vache laitière et biberon multi-jet. Accompagnées des super parents de la mort (ça ne fonctionne qu’en couple), qui non seulement souhaitent monopoliser les places assises derrière la « zone de pleurs autorisés », mais qui plus est prennent leur rejeton sur les genoux, et refusent de replier la poussette. Mais exigent qu’elle reste près d’eux.

 

Enfin, dernier point névralgique, le moins remuant en général, mais le plus intense quand il s’agit de se scandaliser, la rotonde de fond de bus, toujours vide debout, bondée assise (les six places indiquées généreusement par la RATP n’impressionnent plus personne). L’endroit du bus où ceux « qui vont bientôt descendre » ne s’engouffrent jamais, probablement par peur de ne pas réussir à sortir de la jungle populaire pour accéder à la royale porte centrale.

Bref, c’était surtout de ce petit endroit dont je voulais vous parler. Particulièrement hétérogène, cet espace ressemble à s’y méprendre à un tribunal populaire. Généralement calme, il peut cependant atteindre extrêmement rapidement le point Goodwin de la conversation banale (actuellement, ce point est atteint dès que la conversation porte sur notre actuel président).

L’autre jour, alors que notre chauffeuse (mot qui ressemble beaucoup à logeuse, ce qui est agréable) nous annonçait une petite attente de cinq minutes (pour des raisons de régulation), le camp, jusqu’alors uni dans les calmes tressautements du bus se divisa. Il y avait les outrés (« Comment ? Comment a-t-elle pu faire ça, la salope ! » fuse derrière moi du beauf en veste à cuir), les suiveurs (« Dans la société où on vit, c’est toujours comme ça ! »), les calmes, les interrogateurs (« Que se passe-t-il ? », les polémiqueurs, les souriants, les agressifs, etc. Un ronchon nerveux sortit du bus en vociférant, un autre s’apprêta, après avoir déblatéré sur la perte des valeurs, décida de finir son chemin à pied (au moment où la régulation décida de faire repartir notre engin).

 

Nous attendîmes vainement le point Goodwin (atteint l’autre jour par un vigile au parc, mon patron lors d’une réunion, deux mamies parlant Carlita dans le bus), mais il ne vint pas.

A la place, nous écopèrent des places des deux zigotos impatients, et arrivèrent à notre destination bien avant eux.

Posté par ptitpoual à 21:51 - Historiettes de bus - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Nous ECOPERENT ??????!!!!!!!

Posté par Cam, 12 novembre 2008 à 20:10

Mon colis

Bonjour, madame, j'ai reçu un paquet avec 3 filtre à gasoil, je voulais juste le remonter moi-m^me , pour faire quelque chose de moi-même, pour toujours m'exercer un peu, bienque n'exercant pas ce metier là, la voisine à Valdampierre, elle a gardé mon paquet, et je veux téléphoner pour recuperer mon paquet. Je veux pas me faire avoir, S'il vous Plait, je ne veux pas me faire avoir des ennuis, merci beaucoup madame, parce que avec tous ces telephones portables on sait jamais ce qui peut se passern quand on vous isole. Bon, j'écris comme cela pour soutenir les efforts de quelqu'un. Merci, Merci, Merci.

Posté par Bonjour, 16 octobre 2009 à 16:50

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