Brèves de trottoir

I still believe in miracles. "-Est-ce qu'il vous est arrivé personnellement beaucoup d'événements merveilleux ? -Mais oui, je suis comme tout le monde, ça n'arrête pas" (Les incertitudes du langage)

17 septembre 2009

Bête comme chou

Sur la ligne 5, deux ados un peu trop clichés :

- Ouéééé le T9 comme j'adore ça, ça m'apprend l'orthographe mon frère !
-Ah bon ?
-Oué mon frère, je t'explique, je commence un mot il me dit la fin. Par exemple, tu vois, "tans pis", j'arrivais pas à l'écrire avant, mais maintenant je sais, parce que je commence : "T...A...N..." et là le portable, je te jure mon frère, il me propose "tanpis". Donc maintenant je sais l'écrire. Franchement mon frère, le T9 c'est de la balle.

(plutôt de la boulette)

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01 octobre 2008

Les commentateurs

Le couple d'à côté commente chaque station, chaque ampoule et la voix qui dit les stations.

Tout à coup, la voix cosmétique retentit : "Bourse. Bourse."

L'homme, à sa femme : "C'est d'actualité !"

Elle : "Ah bah ça !"

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12 septembre 2008

Ce que les parisiens trouvent à faire dans le métro.

Il y a ceux qui font "les choses de la journée qui prennent quelques secondes mais qu'on n'a jamais le temps de faire" : épousseter ses épaules, se repeigner (pour les hommes), se reblusher (pour mesdames), mais aussi essuyer ses lunettes avec le petit torchon spécial (et pas le tee-shirt), enlever un à un les cheveux blonds qui ornent son tailleur noir.

Ceux qui lisent, ceux qui rattrapent la nuit (d'avant ou d'après). Ceux qui notent, ceux qui jouent à un jeu si possible débilisant, si possible en costard cravate. Ceux qui lisent des rapports, qui corrigent des copies, qui concluent un accord au téléphone, qui écoutent de la musique en faisant bien attention à en faire profiter tout le wagon.

Ceux qui matent, ceux qui draguent, ceux qui rêvassent, qui écrivent des lettres, qui dévorent le Canard enchaîné (si possible de manière ostentatoire), qui massent leur talon, qui se remettent un pansement, qui mangent un pain au chocolat.

Et ceux qui regardent, comme moi. Et qui malheureusement ont du mal à faire autre chose en même temps.

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16 avril 2008

Chacun les ciernes

J'aime de loin celles qui sont gonflées comme des oeufs pochés. Certaines grasses, luisantes et comme maquillées par en-dessous, les autres sèches type ballon de baudruche. Ce sont celles de la femme d'affaires ou de l'homme pressé qui n'ont pas dormi la nuit précédente. Il est presque 19h. Et ils savent que ce ne sera pas non plus trop cette nuit.

J'ai beaucoup de plaisir à regarder les petites bleutées, voire violines, qui hantent aussi les rames de métro.
Souvent trop fardées couleur chair, elles transparaissent toujours par en-dessous, s'accordent parfois merveilleusement au fard apposé sur les paupières du dessus.

Il y a aussi les brunes, les sombres, noires qui soulignent assez dangereusement le regard.
Celles des adolescents, qui brident les yeux.

Les petites gouttelettes de cernes au coin des yeux.

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05 avril 2008

ça

Il est près de 23 heures, dans un métro plein comme une boîte de sardines assez entamée.

Quand je monte, il est déjà là, avec un grand sac à la main. A l'intérieur, des poupons, des bizarreries de plastique. De nombreux gris-gris épinglés sur ses manches, son col, son pantalon. Une perruque frisée verte, une voix de fausset, un bontantpis.

Il pianote quelques petites choses insignifiantes sur son bontantpis, puis sort une marionnette :

"Ah je suis heureux, hein je suis heureux, tralala [etc.]"

Il y a des gens (du type votre dévouée) qui ont peur des clowns et des poupons en plastique lorsque ce sont des adultes qui les tiennent.
Bref.

La moitié du wagon fait semblant de l'ignorer. L'autre semble tétanisée.
Il s'approche d'un homme, sort un canard en plastique, et lui pouet-pouet comme ça, en face de la figure, tout en riant très fort d'une voix sortie d'un ballon d'hélium.
Le passager se tasse au fond de son siège, apeuré.

Tout le monde n'a pas l'humour d'un "J'ai rien pour manger les enfants".

(oh, humour.)

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29 février 2008

Le petit théâtre de la rue

Un mec rentre dans le métro, un bontantpis sur l'épaule, il s'apprête à nous chanter une petite historiette, mi en arabe, mi en français, mi en on ne sait pas trop quoi, lorsque tout à coup, alors même que les sirènes de fermeture des portes, un homme à casquette entre :

- One minute please !

Le premier au bontantpis, gracieux, s'arrête (avant même d'avoir commencé).

Celui à la casquette avise deux Chinoises blasées, les courses dans les bras, et là ça ne s'arrête plus (imaginez un accent type Borat, sinon ça ne marche pas) :

-I come from Israyel, I spent ten years in that country, and now I come to France, I go to the rabbi, and I want him to give me some papers. But he didn't want to give me the papers. So I say the rabbi is a bullshit ! Rabbi Israyel bullshit !

Puis, se tournant vers celui au bontantpis :

-Thank you.

Il sort du wagon (heureusement, on était à une station)

Les deux Chinoises se regardent, même tête.
Le gars au bontantpis (toujours aussi gracieux, comme si rien ne s'était passé), commence sa chanson, qui dit à peu près "Ayallaaaah lé pétit enfant yallaaah est partiii".

Bref.

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10 janvier 2008

Petits rigolos

Vu sur une affiche sur le salon du mariage, dans les couloirs de Franklin-Roosevelt :

Déjà sur plus de cinq minutes, les gonzesses ça fait chier...


Et sur une affiche pour le nouveau spectacle de Fabrice Luchini

J'avais oublié que tu étais un gros malin. LAPIN !

(en effet, ses dents ont été noircies de manière à ne laisser que les deux de devant)

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04 janvier 2008

La Bible, le nouvel an et Sarkozy

Lui, il a une coupe de cheveux étonnante. Même s'il n'avait pas commencé à parler tout seul, je l'aurais tout de suite remarqué. Une implantation à couper le souffle, qui faisait de petites pointes de cheveux, comme les boules de poils qui forment des épis. Le tout de chaque côté du crâne, une légère pointe au milieu du front, et puis de la peau rose, très rose mais pas rougeaude, tout autour.

Il avait également des moon boots noires, dans lesquelles son pantalon était rentré.

"Mesdames et messieurs bonjour, je voulais tout d'abord vous souhaiter la bonne année..."

Lorsqu'il commence son monologue après avoir attendu que les portes se claquent sur la station république, les passagers piquent du nez sur leurs journaux, ou leurs genoux.

Il a un nez très étrange. Je croyais qu'il avait une moustache, mais ce sont juste des poils qui dépassent de ses narines.

"Moi, la Bible, je crois ce qu'il y a dedans. Il faut. Même si je suis chrétien. Mais même si je n'étais pas chrétien, j'y croirais."

En fait, personne ne l'écoute. J'ai moi-même du mal, puisque le brouhaha a repris.

"Et Sarkozy, ah c'est incroyable..."

Il ne veut pas forcément qu'on l'écoute, il s'est poussé contre une porte qui ne s'ouvre pas, et il continue.

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09 décembre 2007

Quatre-Septembre

(dans le métro)

(le fils) : Dis papa, c'est quoi le Quatre-septembre ?

(le père) : Euh... mmh... euh... c'est pas l'abolition de l'esclavage ?

(le fils) : Mais nooon, ça c'est le six août !

(le père) : Bon, qu'est ce que ça pourrait bien être alors ?..

(la fille) : C'est pas le jour où y'a deux immeubles qui ont brûlé ?

(le père) : Mais non, là on parle d'Histoire de France ! Bon, on regardera à la station.




4 septembre 1870 : proclamation de la IIIe République.

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08 novembre 2007

Les étranges airs

Elles sont deux.

Il y en a une en face de moi, une à côté de moi. Celle qui est en face est collée à son portable, je crois qu'elle parle français mais elle parle arabe, elle a l'air de bien s'amuser, elle rigole comme une petite folle, elle glousse comme on n'imagine même pas.

Celle qui est à côté de moi, je ne la vois pas vraiment. Elle croise, et décroise ses mains, elle semble parler à un certain Jean-Paul, me semble-t-il, elle lui explique des choses très compliquées et finit toutes ses phrases par "voilà", elle insiste beaucoup, ça donne "voooaaaala", c'est tout à fait étrange.

Quand je descends cinq stations plus tard, elles continuent toutes deux leurs discussions, l'une à son téléphone portable, l'autre pas.

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