05 décembre 2007
Le bleu
Le jeune homme aux mains bleues regardaient ses mains bleues, sur les pavés très vite crachinés de crachin.
Ce n'est pas tant qu'elles étaient bleues, mais plutôt argentées, quoiqu'un peu bleutées, car le soir se levait alors, rue Bonaparte.
Et il semblait absorbé par la vision toute brillante de ces deux mains, n'écoutant plus ce que son voisin lui racontait alors.
15 novembre 2007
Les pouces bleus
"Je toucherai le ciel et j'aurai les doigts bleus" (Keyvan Sayar)
Il me donne mon petit ticket gratuit pour le Petit Palais. Au bout de deux de ses doigts, des doubles pouces bleus, des dés de caoutchouc à picots mous.
"C'est parce que j'ai une maladie génétique"
Je le vois derrière sa caisse, avec ses huit doigts roses, et ses deux doigts bleus. Il semble sorti de nulle part. Et il est très concentré à trier ses petits tickets.
"En tout cas vous avez un joli béret", me glisse-t-il.
10 novembre 2007
La désespéritude
-Mais non... Non, je n'achète pas d'appartement, je suis en train de vendre...
Elle a un sac bleu, un peu usé à la boucle, avec un oiseau jaune en surimpression.
-Je vais bientôt être interdit bancaire si je continue, j'ai un découvert de 1500 euros...
Ella a un beau visage, malgré son âge (comment ça malgré...).
-Je fais comment, moi, pour les enfants et leurs activités l'après-midi ? Je peux plus payer...
Elle a, étonnamment, un pantalon assez serré et une doudoune courte.
-Comment on fait alors ? Ils ne font plus d'activité, c'est ça ?
Mais cela lui va étrangement bien.
-C'est ça que tu veux ?
Et des bottes aussi, mais un peu ramassées.
-J'ai déjà tout payé au mois de septembre, les fournitures, la cantine, là je peux plus, tu dois m'aider...
Une grande mèche blonde qui lui tombe sur le côté du visage
-Mais je ? Non, mais non...
Elle soupire, et ferme son portable. Ses doigts agrippent nerveusement ses doigts, et se mettent à s'engribouiller comme des asticots, des longs doigts maigres.
11 octobre 2007
La France qui joggue tard
Elle est là, sous mes yeux, au jardin du Luxembourg, ce matin. Il est 9 heures passées, que dis-je, nous approchons les 10 heures. Et cette masse de gens qui ne travaillent pas, et qui, au lieu de dormir, sont là, qui a souffler comme un bout de lard entre les allées, épuisé par son jogging, qui a s'étirer sur une pelouse.
Il y a des lycéens qui minaudent pour faire ralentir le groupe qui les ramène au bahut.
Il y a un prof de sport très motivé, ses élèves adultes autour de lui, sur de petits tapis de mousse, sur le dos, une jambe levée, un bras croisé (oui oui, c'est idiot à voir, vraiment) : Et on poooooouuuuusse. Et on lèèèèèèève. Mouuuvement uuuuuun, jecontinueouimarysecestça, alleeeeeez !
Ceux qui écoutent de la musique, la tête droite, dans les allées, qui foulent les feuilles mortes comme si ça ne glissait pas.
La fille avec sa queue de cheval.
Celui qui est très courbé quand il court.
Les conversations mondaines en marche rapide.
Et puis, là, un type qui lit le Monde.
Ce qu'elle me fait rire
la maigre de la rue du Renard aux grands pieds.
05 juillet 2007
Deux branchées, dans le métro
-Jveux un solex...
-Attends mais non, les solexs c'est pour les gens petits ! Tu te souviens de
mon copain qui fait deux mètres ? Quand il est sur son solex, il a les genoux
par terre.
02 juillet 2007
Lui
Il a les cheveux blancs qui tombent en légers plissés du
côté de ses tempes. Il porte un long imper beige, qui lui cache à peine les
pieds, resserrés dans de longues chaussures pointues noires vernies. la Défense.
Puis, il sort de sa poche une brosse à cheveux rose, de celle à petits picots
au bout rond, au manche courbé vers le bout.
Patiemment, il refait sa raie dans le miroir noir de la vitre de la rame qui
nous emmène vers
30 juin 2007
A chignon à pinces
-Ah, vous êtes bien assise comme ça ? C'est normal, quand
on est amoureux... Moi avant j'étais comme vous. J'avais tous les hommes à mes
pieds ! Maintenant, ils sont devant mes pieds.
J'ai soixante-douze ans... Avant...
Hélène Boucher, c'est très bien. C'est un très bon lycée. Maurice Ravel aussi.
J'ai travaillé à Maurice Ravel, mon mari aussi. Mon mari a travaillé là-bas,
ensuite à la Sorbonne.
3 heures par semaine, 22 000 francs par mois ! Mais il est mort à 46 ans, d'un
accident de voiture...
Vous savez, mon mari, 3 heures par semaine à la Sorbonne
Vous partez ? Je vous souhaite tout le bonheur...
(elle serre ma main dans les siennes)
22 juin 2007
Lui
Il a un beau briquet doré.
Il a un tee-shirt vert, une besace beige, des écouteurs noirs, des cheveux
noirs, des yeux noirs, une peau jaune pâle, il est assis sur un siège en skaï
marron, dans un wagon blanc, sur la ligne kaki du métro.
Il fait tourner le briquer dans sa main gauche, tout en se regardant dans la
vitre foncée de la rame, seul dans un carré de quatre sièges.
De temps en temps, d'un pouce il l'ouvre. Cela claque comme une conserve que
l'on ouvre.
21 mai 2007
Bonapartiens
L'immense escalier qui mène à la bibliothèque surannée de
l'Ecole des Beaux-Arts est poussiéreux, un peu sombre. Je m'assois souvent sur
la plus haute marche pour y manger ma tambouille.
Et puis là, en bas, il y a un homme aux lunettes et petit blouson beige qui a
roulé son journal qu'il place devant ses yeux et semble me regarder. Je tente
de délicatement cisailler les spaghettis que je suis en train de baffrer, mais
rien à faire, je me barbouille de purée de carottes.
Et puis il monte les marches, une par une, s'arrête, parfois redescend pour
mieux remonter. Arrivé à ma hauteur :
-Vu d'en bas, vous êtes une très belle image...
-Je viens là tous les vingt ans.. Et à chaque fois, quel émerveillement !
-Quatre fois dans une vie, c'est bien vous ne trouvez pas ?
Il a un petit sourire, son journal roulé à la main, il dévale les marches
quatre par quatre. S'arrête encore, observe un petit bout de mur. Me fait un
petit salut et disparaît définitivement.
