22 mai 2006
Et maintenant
la très trépidante et très épique histoire de Marie-Renée,
employée de
Un beau jour de stage d'été. Une Poste. Deux guichets ouverts (le troisième
n'étant que pour les recommandés, et je n'en avais pas). Après quelques vingt
minutes de queue, j'arrive au guichet, où une dame aussi dynamique qu'un navet
cuit à l'eau me demande ce que je veux.
Justement, j'ai besoin qu'elle m'oriente un peu (erreur !). Je dois envoyer un
colis en port-dû à Neuilly (facile) et un colis en port-dû, en colissimo et en
recommandé avec accusé de réception avec une assurance sur plusieurs milliers d'euros
dans une galerie londonienne (moins facile)
-Ouh là là.. Qu'est ce que vous me demandez là ? Ouh là là... C'est
compliqué hein ! (accent antillais) Je sais pas si c'est possible
hein... Je sais pas hein...
-C'est à dire, mon patron m'a dit que c'était possible. En fait, pour tout vous
dire, je n'ai pas le choix.
-Ah là là oui... Ah là là je sais pas hein...
Elle appelle sa collègue (guichet n°2, pas celui des recommandés, non, le
généraliste, bien sûr) :
-Marie-Renée ? Marie-Renée ! Viens ici, la dame elle me demande quelque
chose, je sais pas le faire ! Vous demandez quoi déjà ?
(je réexplique)
Marie-Renée, une autre grosse, grande femme (toujours avec un si bel accent qui me fait tant rire) abandonne son guichet, non sans gromeler, non sans étirer ses membres fatigués, non sans abandonner la queue des impatients qui serpente à se tasser sur les murs
S'ensuit un dialogue :
-Tu sais comment on fait, toi ?
-Non, je sais pas.. C'est quoi ?
(je réexplique)
-Ah ça c'est pas possible à faire ça !
-Mon patron me dit que si !
-Ah bon ? Ah je sais pas hein...
Marie-Renée se lève, va chercher une tierce personne (Georges) dans les
réserves. Derrière moi, les impatients attendent que j'ai fini ma commande pour
me lyncher en règle. J'ai déjà dépassé la barre des trois-quarts d'heure.
Georges arrive :"Non mais c'est simple, regarde Marie-Renée, tu appuies
sur F2, tu sélectionnes le Royaume-Uni, c'est bon, après tu vas dans le menu,
tu cliques là-dessus et c'est tout !
Georges, le bon sauveur, repart.
-T'as compris, toi ?
-Non, j'ai rien compris.
Marie-Renée retourne à son guichet (non sans avoir plaisanté avec la fille
des recommandés, secoué ses articulations, baillé, regardé l'heure, soupiré,
rangé son casier)
Face à moi, un mur :
-Bon, bah ça va être possible hein, mais c'est compliqué tout ça.. Ah là là
c'est compliqué hein...
Le premier port-dû part enfin (Dieu soit loué, je fête à l'instant mes une
heure passés à
la Poste
de la rue Bleue). Le deuxième, c'est plus compliqué, je dois prendre une enveloppe de
la Poste
, mais comparé au prix de l'assurance, il m'en faut une plus grande, et les port-dû ça ne marche pas à l'étranger ah si pardon peut-être dans les pays de l'Union européenne ah oui mais l'Angleterre c'est pas l'Europe ah là là c'est compliqué tout ça Georges tu viens m'aider s'il te plaît ?
-Vous pouvez me faire une facture pour mon entreprise ?
-Une facture ? Ah là là non, j'ai tout effacé de mon ordinateur moi !
-Mais j'en ai besoin !
-Bon, bon, je refais, il va falloir attendre un peu hein, je retape tout hein,
ça prend du temps. Ah là là...
Et c'est bien à ce moment que je me rendis compte qu'il me manquait dix-sept
centimes pour régler la note (salée).
Derrière moi les impatients m'auraient fait manger leurs timbres s'ils avaient
pu.
22 décembre 2005
Les mains dans un foie
Il est quatorze heures moins le quart lorsqu'un des
téléphones de la salle 2 de Drouot retentit, soit quinze minutes avant le début
de la vente prévue.
-Allô ? Je suis bien à l'étude de Maître X. ?
-Oui monsieur, je vous écoute.
(il a un accent distingué, avec un peu de nez à l'intérieur)
-C'est à dire queee.. je suis chirurgien, et j'aimerais enchérir sur les lots
54, 55 et 56...
-Vous voulez dire.. pour la vente qui commence dans quinze minutes ?
-C'est cela même.
-Mais il faut envoyer un fax tout de suite !
-Ah ? C'est à dire queee.. tout à l'heure je serai en train d'opérer, alors...
-Je comprends monsieur... Mais il faut nous envoyer un fax très vite, car la
vente va commencer, et le secrétariat de Drouot doit prendre en compte votre
ordre d'achat, vous savez comment vous devez faire ?
-Naaooon...
-Vous devez impérativement envoyer un fax à Drouot, avec votre ordre d'achat et
une photocopie de votre RIB ou vos coordonnées bancaires, vous avez le numéro
de Drouot je suppose ?
-Naaaon...
-Alors c'est le 01-40-07-etc, mais faites vite..
-Oui, mais c'est à dire queee... tout à l'heure mon opération sera peut-être
terminée, alors je vous laisse un ordre d'achat fixe, mais pourriez-vous tout
de même essayer de m'appeler ?
-Euh.. mais sans problème, monsieur, du moment que vous envoyez vite le fax..
-Je garderai mon téléphone près de moi, d'accord ?
-Comme vous le souhaitez monsieur...
-Au fait, mademoiselle, quel est votre prénom ?
-Camille.
-Eh bien, merci, Camille, vous êtes très gentille.
Et c'est comme ça qu'on oublie son portable dans le corps d'un patient..
20 décembre 2005
Lettre reçue au matin du 13 juin 2005
A l'attention de Maître X. la Poste 95 cm
Cher Maître,
Je vous prierais de bien vouloir m'envoyer les lots n°195 et 198 de la vente
d'armes du 25 mai dernier. Ne pouvant me déplacer en raison de mon âge avancé,
je vous serais gré de me les envoyer par
En vous remerciant d'avance, je vous prie d'agréer (etc.)
Après vérification,
N°195 : Une splendide schaschka d'officier (
N° 198 : Une cuirasse d'officier en acier et laiton
19 décembre 2005
Les à claquer
-C'est quoi l'estimation du cadre pourri, là ?
-Bonjour.
-Ouais, bonjour. C'est quoi l'estimation du cadre pourri là ?
-Il n'est pas pourri et il n'a pas d'estimation.
-Ouais... non mais en gros ?
-En gros je ne sais pas, mesdames. Mais peut-être pouvez-vous demander conseil
à notre crieur...
Quelques minutes plus tard...
(voix du crieur) "Non mais qu'est ce qu'elles ont les mégères ? On n'a
pas d'estimation, voilà ! Vous zêtes pas contentes ? T'as entendu, le
commissionnaire ? AH AH AH AH !!!"
(vengeance, vengeance...)
15 décembre 2005
Les amateurs
-Bonjour mademoiselle, dites-moi.. quelles sont les
estimations pour les harpes présentées ? la Révolution
-4000-6000 pour la première, 7000-9000 pour la deuxième, monsieur.
-J'ai une harpe chez moi.
-Ah ? euh..
-Elle est de
-Mais celles-ci aussi monsieur.
-Ah.
-...
-La mienne vaut au moins dix mille ! Qu'en pensez-vous ?
-Euh.. je ne sais pas.. Mais vous pouvez toujours demander l'avis de notre
expert, Madame Odile V.(leitmotiv)
10 décembre 2005
Vente courante
Qu'est ce qu'une vente courante, vous demandez-vous ? Une
vente courante est une vente non cataloguée, c'est-à-dire, à Drouot, qu'on y
refourgue toutes les merdes que les vendeurs apportent à l'étude et qu'on ne
sait pas trop où mettre vu qu'en général ça n'a pas vraiment de valeur.
Alors, dans le désordre, ça va de cadres en bois à des disques vinyles (ne m'en
parlez pas), des croûtes peintes, de la lingerie ancienne trouée, des services
à orangeade, des petites voitures en métal... Le prix de départ est assez bas,
et les ventes ressemblent à des immenses n'importe quoi, tout le monde se
presse, les gens se donnent des coups de coude, le commissaire-priseur tente de
s'en sortir, les commissionnaires courent partout, la clerc aux PV pète une
durite, en général devant tout le monde, tandis que le crieur se fiche d'elle.
En fait c'est assez marrant, les objets passent dans un désordre bruyant,
chacun crie pour réussir à dépasser l'enchère de son voisin, les stagiaires
passent la moitié de temps à courir après les commissionaires, un peu paumées.
Le crieur en profite pour lancer des injures, juger les croûtes, répondre des
idioties au téléphone aux gens qui appellent...
Mais il y a aussi une veille d'exposition. La veille donc, les gens se pressent
pour aller découvrir la caverne d'Ali Baba de la vente courante, rangée comme
on peut dans une petite salle tapissée de rouge à Drouot. Et là, en général, il
y a toujours un idiot pseudo-rebelle pour :
-Je voudrais l'estimation de l'objet, là-bas...
-Je suis désolée monsieur, mais nous n'avons pas d'estimation pour ces lots,
car il s'agit d'une vente courante.
-C'est comme d'habitude ! Vous ne savez rien ! Mais approximativement, vous
l'estimeriez à combien ?
-Je ne sais pas monsieur.
-Mais vous ne savez rien !
-Nous sommes assistantes du commissaire-priseur, pas d'un expert !
-C'est ça, c'est partout pareil ! Vous êtes grossiste !
-Non mais franchement, monsieur, si vous voulez, je vous dis un prix.. Allez,
dix euros, vous êtes content ?
-Hum. Au revoir.
-Mais de rien !
-C'est le cas de le dire ! (moue du type qui vient de faire un sacré bon
jeu de mot)
05 décembre 2005
Les fins connaisseurs
-Excusez-moi, mademoiselle, ce paravent...
-Ouiiii ?
-Pourriez-vous (il retire ses lunettes pour en mordiller la branche) m'en lire la description ?
-Mais bien sûr. Alors, paravent chinois, XVIIe siècle, motifs décoratifs...
-Uh uh uh uh (il a un petit mouvement, remet ses lunettes)
-Il y a quelque chose qui vous fait rire ?
-Oui.
-...
- Oui ! Ce n'est pas chinois...
-Ah.
-C'est coréen, voyons !
- Vous voulez en discuter avec notre expert ?
-Mais qui est votre expert ?
-C'est M. Dupont.
-M. Dupont !! Mais vous auriez du prendre Duval, voyons... Tt tt tt...
(Drouot, 10 juin 2005, extrait de "Mémoires en dix volumes d'une stagiaire dévouée")
Les riches
Ce monsieur, les cheveux bien peignés, bien gellés, bien
méchés, un pull bleu ciel noué sur les épaules (je n'avais jamais imaginé un jour
rencontrer ce type de personnes), entre dans l'étude pour récupérer ses
tableaux, acquis lors de la dernière vente.
"C'est à moi celui-là ?" me demande-t-il en voyant le dernier,
que je lui apporte (après avoir fouiné dans le débarras poussiéreux qui nous
sert d'entrepôt)
"Oui monsieur..."
"Ah. Oh bah de toute façon il est pas si mal.. je l'aurais pris tout de
même !"
Nous fait un chèque de plusieurs milliers d'euros, puis sort.
02 décembre 2005
Quand les Drouotiens se saisissent du téléphone
(deuxième partie : les agressifs) la Poste la
Poste
-Allô ! Je voudrais parler à Maître !"
-Je suis désolée, monsieur, mais nous sommes actuellement en vente..
-Dites-lui de me rappeler ! Je suis Olivier B., de la galerie X, au 06-67-42
(etc).. Vous deviez nous appeler pour le lot n°157 !! Vous ne l'avez pas fait
!!!
-Monsieur, nous avons essayé quatre fois de vous joindre et nous sommes
toujours tombé sur votre fax...
-Vous avez raccroché au nez de ma secrétaire !
(ah oui, une harpie qui nous a harcelé et qui a monopolisé nos téléphones,
nous empêchant de passer nos autres ordres.. Nous avons effectivement laissé un
téléphone décroché pendant quinze minutes...)
-Ah non, désolé, monsieur, je ne vois pas du tout de quoi il peut s'agir..
Vraiment, si c'est le cas, je suis sincèrement désolée !
-Dites à Maître que ça va barder, et fort !!!
-Je lui dirais monsieur, bonne journée !
-Allô monsieur, oui, bonjour, ici l'étude de Maître X. Je vous téléphone pour
m'excuser du fait que nous sommes désolés, mais nous n'allons pas pouvoir vous
envoyer votre sabre (un peu plus d'un mètre) par la Poste...
-Che ne comprends pas !! C'est tout bonnement inadmichible ! J'ai acheté il y a
une chemaine deux baïonnettes chez Millon et ils me l'ont envoyé par
-Oui oui, je comprends bien, mais à vrai dire, nous expédions nos objets de
petites dimensions, et voyez-vous,
-C'est incroyable ! Che fais quoi moi ??
-Eh bien, nous pouvons vous proposer les services d'un transporteur, qui vous
livrera votre sabre dans les meilleurs délais...
-Che suis très mécontent ! Che ne rachèterai pas chez vous !!
-Oh, monsieur.. (air déconfit : en fait, je m'en fiche et l'autre stagiaire
se tord de rire, car j'ai mis le haut-parleur...) Bon, eh bien, j'attends de
vos nouvelles, n'hésitez pas à nous demander l'adresse d'un transporteur, bonne
journée !
01 décembre 2005
Quand les Drouotiens se saisissent du téléphone
(partie
n°1 : Les emmerdeurs)
"Oui allô bonjour mademoiselle, pourrais-je avoir la liste des vins de
votre prochaine vente de vin ? Oui... mais que les spiritueux ! Je ne suis
intéressé que par les spiritueux (uh uh) Par contre, puis-je vous laisser un
ordre d'achat ? Ouiii.. mais en fait, si je n'ai pas ma première enchère,
serait-il possible que vous enchérissiez sur une autre, mais pas si je
l'obtiens ? Au fait, votre prochaine vente de vins, c'est bien la cave de
(président de la République
mort et très mauvais connaisseur en vins) ? Vous n'avez pas des vins plus
jeunes ? Vous pouvez me les dicter par téléphone ? Non ? Mais je n'ai pas
internet de toute façon.."
"-Bonjour mademoiselle, je suis très intéressé par l'horloge Janvier
passant après-demain en vente à Drouot.
-Oui, monsieur, je vous écoute.
-Vous serait-il possible de m'adresser une photo de cette pendule ? Non, mieux,
une vidéo numérique de l'arrière de la pendule. Je dois ABSOLUMENT me rendre
compte du mouvement !
-Ah, monsieur, je suis désolée, mais l'objet est actuellement en transit vers
l'hôtel Drouot..
-Oui, mais moi je suis à Milan !!
