10 septembre 2008
Des nouvelles des toilettes de la BPI
Dans les rainures des murs (toujours), là où le chiffon de la laconique femme de ménage ne passe pas :
"J'ai mon bac", dit une. "Moi aussi", répond au stylo rouge qui bave une autre, sans haine.
Plus loin "Yacine je t'aime". Bizarrement, aucun "On s'en fout", mais un "Vive Sarkozy !" suivi d'un lapidaire "Pitié !"
Puis "Je suis morte". Pas loin, à côté de la plaque mais bizarrement éloigné du premier, avec une jolie écriture au bic très enfantine : "Un jour j'aurais mon L1"
Bientôt, bientôt.
10 mars 2008
"Dans les gares,
Moi ce que j'aime,
C'est voir partir les gens
Me dire que là-bas
Hors de la plaine
Ils s'en vont
Cueillir le beau temps
Mais jamais
Ils ne le ramènent
Sur les quais grisonnants
Où les passants
Au teint blême
Semblent chercher
L'escalier roulant"
Samedi, à la gare Montparnasse.
Il y a d'abord le premier escalier qui mène du métro à la gare sncf. Celui-là, celui qui est tout en coin, amène toujours le même rituel. Ceux qui n'ont pas de bagages contournent en passant par la gauche, montent les marches deux par deux. Ceux qui en ont ralentissent, une moue contenue, serrent à droite. Puis le même geste : rabattre la poignée dans la valise, dans un léger "clac", la saisir par la poignée, reprendre son souffle, et grimper.
Ensuite, les couloirs, un peu partout, un grand labyrinthe souterrain.
Et puis le tapis roulant, celui-là même dont le central nous est interdit.
Je dois être une des rares bienheureuses qui a pu emprunter le TRGV (tapis roulant à grande vitesse, voyez-vous cela), fut un temps où celui-ci marchait (l'espace peut-être d'une semaine, il y a quelques années).
Un hôte smicard était à l'entrée pour distribuer un tract vantant les mérites de cette petite chose capable de nous transbahuter à 9 km/h. Ensuite, c'était toute une expérience mystique, il fallait s'installer comme cela, poser ses pieds là, ne pas avancer, attendre son tour, ne pas lâcher la rampe, garder les pieds collés, ne pas se retourner, écouter la voix mécanique attentivement (qui répétait inlassablement "Gardez vos pieds serrés, n'avancez pas, gardez votre main sur la rampe"). Et puis une fois qu'on avait réussi à ne pas se casser la figure, il était possible d'avancer, de dépasser ses malheureux voisins de tapis roulant (ceux qui n'avaient osé que celui à 3 km/h). On fait bien son malin, on se sent l'âme d'un explorateur. Et puis non, paf, au bout, problème d'équilibrage. Tout le monde se cassait la figure.
C'était malin.
Samedi, j'ai pris le tapis à 3 km/h. Bien gentiment.
29 février 2008
Encore une note rafraîchissante
et de bon goût, comme d'habitude !
Vu, dans les toilettes de l'école nationale supérieure des Beaux-Arts, au stylo bic noir, sur un dévidoir de papier toilette, ces quelques mots :
J'ai honte de faire caca
Je voudrais ne pas avoir d'*nus
Je voudrais être femme
Et plus loin au bic bleu, cette phrase :
Les femmes chie*t
(quelques petites étoiles pour éviter les référencements bizarres sur google)
21 février 2008
Y'a des petites fleurs...
Les dernières brèves des toilettes (politisées) pour filles de la BPI :
"Vive la grève !" (lance celle-ci)
"Pourquoi c'est toujours ceux qui branlent rien qui sont en grève ?" (tance une autre)
"T'as rien compris, il faut prendre POSITION" (répond une troisième)
"Moi j'ai choisi. C'est la levr*tte" (une dernière, enfin)
Ah, que cela est poétique et fleuri ! Mais bon, me direz-vous, ce ne sont "que" des cabinets d'aisance.
18 février 2008
Dans la boîte à merveilles
de la médiatrice de la BPI, sur une feuille quadrillée qui semble avoir été mâchée :
Il faudrait des mecs en string qui servent le cappucino aux meufs à la cafétéria. Ca délasserait de la culture qui nous donne mal au crâne
16 février 2008
Au bois de mon coeur
20 janvier 2008
Wilmo
Celui que nous avons rencontré aux Quais, boulevard de la Bastille.
Il s'appelle Wilmo. Dit aussi qu'il dit s'appeler Will.
Il est hongrois, et puis aussi autrichien, a fait des études de philosophie à Vienne, est parti à New-York, ou plutôt Manhattan, et a voulu étudier l'histoire de l'art, après un détour en Italie.
Sienne est tellement belle. Et c'est le premier hiver qu'il passe à Paris, c'est gris.
Il a un chapeau à carreaux, une veste de même, mais de plus petit carreaux.
Il lit Marianne, et également Promenades parisiennes, de Sebastian Mihail. Il connaît des auteurs russes, et aussi une maison d'édition extraordinaire, dans la rue qui remonte de St-Sulpice au Luxembourg, mais ne se souvient plus du nom. Mais Oblomov, de Gontcharov.
Il est très ému. Il fait des baise-mains comme à l'ancien temps.
Il dit aussi "J'avais envie de faire un pipi, et je suis rentré ici".
Il a dans ses sourcils noirs un long poil blanc. Je ne peux m'empêcher de le regarder.
Il doit avoir, je ne sais, peut-être soixante-dix ans.
Il parle de Mallarmé comme s'il l'avait connu. Il dit aussi que les toilettes parisiennes sont plus propres qu'avant, que l'Italie est un pays formidable, il a des cartes avec juste son prénom et son nom, qu'il a fort beau, et il rajoute à la main son numéro de téléphone fixe. Cela est touchant, un téléphone fixe, aujourd'hui.
Il a un accent indistinguable. Je le croyais italien. Mais il le parle, aussi. Probablement un peu de russe, et l'allemand, l'anglais.
C'est ainsi qu'il vit. Il dit être émerveillé par d'aussi jeunes femmes.
Il n'est pas flatteur, il a l'air vraiment ému.
15 janvier 2008
Mona Lisa et moi
Dans l'ascenseur du Louvre qui nous conduit au département des peintures italiennes, une femme gromelle, puis tout à coup :
"Moi je l'ai vue, la Joconde... Eh bien... J'ai été déçue. Elle est toute petite, c'est foncé, on ne voit rien. Non mais de toute façon ce n'est pas bien. J'ai été déçue."
Je ne sais pas pourquoi je n'ai pas éclaté de rire.
08 janvier 2008
Ô toilettes
Comme promis, quelques vagabondages parmi les plus intéressantes toilettes des lieux culturels parisiens.
En ce qui concerne les bibliothèques, je dois avouer que j'apprécie peu celles de la BNF, dont les chasses d'eau automatiques font déferler des litres d'eau vengeresse alors que je n'avais rien demandé, et également dont les sèche-mains ont la désagréable idée d'être froids. De même, le fait de devoir demander une autorisation de sortie pour aller faire ses besoins me semble assez idiote. Mais tant pis.
Comme vous l'aurez compris, je n'aime celles de la BPI uniquement pour ses lectures passionnées et passionnantes (le mastic, le mastic !). Mis à part cela, le fait que le papier soit à l'extérieur des cabinets me gêne plutôt, pour des raisons évidentes que je ne développerai pas.
Celles de Forney ne valent vraiment rien. Ni savon, ni eau chaude, et souvent pas de papier, mais des graffitis post-soixante-huitards qui ne font pas regretter la visite (du moins la première fois). J'aime par contre le grand miroir en pied des petits coins de la bibliothèque des arts décoratifs, qui décore un peu la décoration chambre froide de ces derniers.
Mais la palme du kitsch, le Jeff Koons des chiottes revient bien entendu à celles de la bibliothèque Kandinsky. Pour les initiés seulement, ces toilettes toutes dorées (et mis à part cela complètement disfonctionnelles) font figure d'ovni dans la description de ces lieux d'aisance. Ajoutons à cela une sorte de lino qui colle aux pieds. Bref, c'est farpait.
Ah, les musées... Généralement, l'état des toilettes contraste extraordinairement avec les lieux.
La grande, la belle fondation Cartier, se retrouve ridiculisée par des toilettes non seulement cracra, mais avec détecteur d'activité (top moderne), mais finalement peu d'originalité. Même constat au musée d'art moderne de la ville de Paris, ou encore au Grand Palais, où le white cube des salles ne fait que renforcer l'impression de ruine qui émane des toilettes.
Seul le Palais de Tokyo, qui est finalement très proche de l'esthétique de la ruine, a réussi à faire de ses petits coins des sortes de work in progress, façon bar branchouille (on colle plein de stickers, on laisse les gens écrire n'importe quoi au mur), finalement assez décevant.
L'incroyable aura du Louvre serait bien réduite si l'on devait juger ses toilettes, ou plutôt son centre commercial de la déjection, puisqu'après avoir fait la queue à la fouille systématique des sacs, pour chercher son billet, pour demander une information, nous voilà coincés entre une Italienne qui braille et une Américaine qui téléphone aux toilettes. De même au Centre Pompidou (mais qui a fait fort avec sa machine spéciale à sécher les mains, le déplacement vaut rien que pour cela ; je n'en ai jamais vu de tel ailleurs...).
Mes chouchoutes restent inconstestablement les petits chiottes voûtées de la MEP, délicieusement éclairées par une ampoule 20 watt, ou encore ceux de la maison rouge, décorés (oui monsieur) par Alberola en personne.
(encore une note d'un intérêt certain qui va chasser mes derniers lecteurs...)
30 décembre 2007
La subtilité du mastic
Dans les toilettes filles de la BPI, derrière les lourdes ports grisâtres, de nombreux petits couloirs de mastic tenant les carreaux blancs entre eux sont recouverts de messages, soigneusement effacés (tous les ans ?)
Mieux que ceux de la bibliothèque Fornay, dépassant de loin ceux de la BNF, ces longs couloirs sont emplis de florilèges :
"Aimer s'est vivre" nous apprend une jeune fille, qui parsème de petits coeurs le fin filet de mastic devenu beigeasse.
"Je viens dans les toilettes des filles mais Manon je t'aime (coeur coeur coeur) je t'aime je t'aime" clame un autre.
"Comment font deux filles pour faire l'amour ?"* s'interroge une autre. De l'étoilement de couloirs de mastic qui part d'un carrefour, de nombreuses réponses, lapidaires pour certaines, détaillées de manière très précise pour d'autres.
Une légion de petits coeurs, de "Zoé Machin de Jussieu = pute", de "Bon coup au 06-75...", de dictons plus ou moins intéressants, sur la vie, l'amour, la mort, les larmes, des déclarations fougueuses d'amour (toutes les mêmes), questionnements existentiels.
Moralité : il y a plus de lycéens que nous le croyons, cachés entre les étudiants chevelus de la bibliothèque. Et écrire sur le mastic, ça ne s'efface pas d'un coup d'éponge.
(Bientôt, un autre reportage digne de ce nom dans d'autres toilettes mirifiques)
* Voilà qui va encore me permettre d'être référencée n'importe comment sur google...

