26 mai 2008
Poncho cacao
La pluie. Ennemie numéro 1 du parisien, elle fait remonter les gaz de pots d'échappement, donne à la ville un petit goût de moisi et aux effluves des passagers de la ligne 3 un petit relent de crème aigre.
Les ponchos sont ma défense préférée contre les intempéries.
N'allant ni aux maigres, ni aux gros, même pas aux belles, ou aux élégants, il est pour ainsi dire parfait dans son imperfection de base.
J'aime ceux qui le nouent bien serré en-dessous du menton, pour faire du vélo.
Le poncho, par ailleurs, ne s'envisage pas d'une autre couleur que le jaune poussin ou le bleu canard. Il n'est jamais plus beau que sur des touristes effrayés par une pluie passagère, et qui, s'étant mis à l'abri sous un porche, regardent passer les minettes en talons aiguilles se frayer un passage avec un parapluie microscopique.
Celui des randonneurs parisiens du dimanche me plaît assez. Il y a, bien entendu, l'effet troupeau, de la meute ponchotisée et qui plus est bossue sous le poids du sac.
Sur les grands maigres en short, lorsqu'on ne voit dépasser que les poils aux pattes.
21 avril 2008
La BGG
Vous vous souvenez peut-être du BGG, ce bon gros géant dont on dévorait l'histoire de gentil bougre aux oreilles fines et immenses, posées de chaque côté du crâne comme de géants papillons.
On pensait que ça n'existait pas (même si l'idée plaisait bien)
Et puis, je la vois, ce matin, ma bonne (mince) géante, qui plus est anglaise. Elle a des oreilles absolument fantastiques. Immenses, bien entendues, mais surtout dans la continuité de la tête, et pas bêtement plaquées comme on en a l'habitude. Incrustées ça et là de piercings argentées, elles s'alourdissent au vent.
16 avril 2008
Chacun les ciernes
J'aime de loin celles qui sont gonflées comme des oeufs pochés. Certaines grasses, luisantes et comme maquillées par en-dessous, les autres sèches type ballon de baudruche. Ce sont celles de la femme d'affaires ou de l'homme pressé qui n'ont pas dormi la nuit précédente. Il est presque 19h. Et ils savent que ce ne sera pas non plus trop cette nuit.
J'ai beaucoup de plaisir à regarder les petites bleutées, voire violines, qui hantent aussi les rames de métro.
Souvent trop fardées couleur chair, elles transparaissent toujours par en-dessous, s'accordent parfois merveilleusement au fard apposé sur les paupières du dessus.
Il y a aussi les brunes, les sombres, noires qui soulignent assez dangereusement le regard.
Celles des adolescents, qui brident les yeux.
Les petites gouttelettes de cernes au coin des yeux.
05 avril 2008
ça
Il est près de 23 heures, dans un métro plein comme une boîte de sardines assez entamée.
Quand je monte, il est déjà là, avec un grand sac à la main. A l'intérieur, des poupons, des bizarreries de plastique. De nombreux gris-gris épinglés sur ses manches, son col, son pantalon. Une perruque frisée verte, une voix de fausset, un bontantpis.
Il pianote quelques petites choses insignifiantes sur son bontantpis, puis sort une marionnette :
"Ah je suis heureux, hein je suis heureux, tralala [etc.]"
Il y a des gens (du type votre dévouée) qui ont peur des clowns et des poupons en plastique lorsque ce sont des adultes qui les tiennent.
Bref.
La moitié du wagon fait semblant de l'ignorer. L'autre semble tétanisée.
Il s'approche d'un homme, sort un canard en plastique, et lui pouet-pouet comme ça, en face de la figure, tout en riant très fort d'une voix sortie d'un ballon d'hélium.
Le passager se tasse au fond de son siège, apeuré.
Tout le monde n'a pas l'humour d'un "J'ai rien pour manger les enfants".
(oh, humour.)
21 mars 2008
"Il" est partout
C'est l'homme à casquette qui, en sortant du métro, lance à la cantonade : "Vive le printemps ! Jésus est mort !"
C'est ce graffiti, dans le métro Rue du Bac, accompagné d'une croix romaine, "Vive Jésus, à bas Satan !"
20 mars 2008
Vengeance !
Souvent, lorsque mon voisin (ma voisine) de métropolisson ou d'omnibus fait hurler un peu trop fort son ipod, je me prends à rêver. Je le (la) vois, là, devant moi, avec son air de bourrin fatigué qui a besoin de ses 350 décibels (dans chaque oreille) pour réussir à supporter le train-train de la vie. Qui plus est généralement de la musique vraiment mauvaise (que celui qui n'a jamais ouï du rap croate ou du R&B chinois émanant d'un portable ou d'un ipod mal réglé me jette la première pierre).
Et je le (la) vois, à nouveau. Dans dix ans. Nous sommes sur la même banquette, je le (la) reconnais. Pas lui (elle), évidemment. Il (elle) n'a pas d'ipod, ni de portable branché sur amplificateur.
Dans la suite du rêve, son voisin (je suis en face) lui demande l'heure.
Il (elle) ne répond pas. Le voisin tapote son bras, redemande. Et c'est là que, de profil, je l'aperçois.
Un beau et mirifique sonotone. Si possible disgracieux.
Il (elle) est sourd(e). Pas moi. Ca me fait rire, mais il (elle) ne m'entend pas.
Voilà, c'était ma note non-politiquement correcte du mois, profitez-en.
10 mars 2008
"Dans les gares,
Moi ce que j'aime,
C'est voir partir les gens
Me dire que là-bas
Hors de la plaine
Ils s'en vont
Cueillir le beau temps
Mais jamais
Ils ne le ramènent
Sur les quais grisonnants
Où les passants
Au teint blême
Semblent chercher
L'escalier roulant"
Samedi, à la gare Montparnasse.
Il y a d'abord le premier escalier qui mène du métro à la gare sncf. Celui-là, celui qui est tout en coin, amène toujours le même rituel. Ceux qui n'ont pas de bagages contournent en passant par la gauche, montent les marches deux par deux. Ceux qui en ont ralentissent, une moue contenue, serrent à droite. Puis le même geste : rabattre la poignée dans la valise, dans un léger "clac", la saisir par la poignée, reprendre son souffle, et grimper.
Ensuite, les couloirs, un peu partout, un grand labyrinthe souterrain.
Et puis le tapis roulant, celui-là même dont le central nous est interdit.
Je dois être une des rares bienheureuses qui a pu emprunter le TRGV (tapis roulant à grande vitesse, voyez-vous cela), fut un temps où celui-ci marchait (l'espace peut-être d'une semaine, il y a quelques années).
Un hôte smicard était à l'entrée pour distribuer un tract vantant les mérites de cette petite chose capable de nous transbahuter à 9 km/h. Ensuite, c'était toute une expérience mystique, il fallait s'installer comme cela, poser ses pieds là, ne pas avancer, attendre son tour, ne pas lâcher la rampe, garder les pieds collés, ne pas se retourner, écouter la voix mécanique attentivement (qui répétait inlassablement "Gardez vos pieds serrés, n'avancez pas, gardez votre main sur la rampe"). Et puis une fois qu'on avait réussi à ne pas se casser la figure, il était possible d'avancer, de dépasser ses malheureux voisins de tapis roulant (ceux qui n'avaient osé que celui à 3 km/h). On fait bien son malin, on se sent l'âme d'un explorateur. Et puis non, paf, au bout, problème d'équilibrage. Tout le monde se cassait la figure.
C'était malin.
Samedi, j'ai pris le tapis à 3 km/h. Bien gentiment.
29 février 2008
Encore une note rafraîchissante
et de bon goût, comme d'habitude !
Vu, dans les toilettes de l'école nationale supérieure des Beaux-Arts, au stylo bic noir, sur un dévidoir de papier toilette, ces quelques mots :
J'ai honte de faire caca
Je voudrais ne pas avoir d'*nus
Je voudrais être femme
Et plus loin au bic bleu, cette phrase :
Les femmes chie*t
(quelques petites étoiles pour éviter les référencements bizarres sur google)
Le petit papi devant l'arrêt du bus
"Alors, y vient ou y vient-y-pas ?"
(Les petits papis qui lient les T, c'est comme les minitels, les personnes avec des lunettes à chaîne en plastique jaunâtre, les mamies aux cheveux violets, ça va finir par disparaître un jour et il faut en profiter)
Le petit théâtre de la rue
Un mec rentre dans le métro, un bontantpis sur l'épaule, il s'apprête à nous chanter une petite historiette, mi en arabe, mi en français, mi en on ne sait pas trop quoi, lorsque tout à coup, alors même que les sirènes de fermeture des portes, un homme à casquette entre :
- One minute please !
Le premier au bontantpis, gracieux, s'arrête (avant même d'avoir commencé).
Celui à la casquette avise deux Chinoises blasées, les courses dans les bras, et là ça ne s'arrête plus (imaginez un accent type Borat, sinon ça ne marche pas) :
-I come from Israyel, I spent ten years in that country, and now I come to France, I go to the rabbi, and I want him to give me some papers. But he didn't want to give me the papers. So I say the rabbi is a bullshit ! Rabbi Israyel bullshit !
Puis, se tournant vers celui au bontantpis :
-Thank you.
Il sort du wagon (heureusement, on était à une station)
Les deux Chinoises se regardent, même tête.
Le gars au bontantpis (toujours aussi gracieux, comme si rien ne s'était passé), commence sa chanson, qui dit à peu près "Ayallaaaah lé pétit enfant yallaaah est partiii".
Bref.
